• "Recherches Pédagogiques", Revue de l'Amef (Association Marocaine des Enseignants de Français)

    SOIGNEUX, Mickaël : "Leçon littéraire sur le paysage dans Une vie de Guy de Maupassant", in : "Recherches pédagogiques", Revue de l'AMEF (n°13), pp.41-73, Rabat, 2008.

    SOIGNEUX, Mickaël : "L'amour dans la poésie surréaliste", in : "Recherches pédagogiques", Revue de l'AMEF (n°12), pp.127-137, Rabat, 2006.


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  • COURS N°1

    HISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANCAISE

    Introduction : Qu'est-ce que l'histoire littéraire ? Qu'est-ce qu'un mouvement littéraire ?

    La naissance de l'histoire littéraire date de la première moitié du XVIIIe siècle, au moment où les Anglais et les Allemands ont entrepris de constituer un atlas général des littératures. C'est finalement en 1733 que les bénédictins de Saint-Maur entreprennent une Histoire littéraire de la France. Les écrivains sont rangés par ordre chronologique de façon à suivre et à repérer des évolutions. Il s'agit de souligner le contexte dans lequel les écrivains ont composé leurs œuvres. Les mouvements littéraires permettent de situer un écrivain dans une époque donnée, liée à son contexte historique, mais ont aussi pour fonction d'insérer un écrivain dans un mouvement de pensée, un état d'esprit particulier. Il faut faire cependant très attention à cette notion générale et ne pas oublier les spécificités de chaque écrivain qui peuvent parfois s'inscrire dans plusieurs mouvements, en fonction de leurs œuvres.

    I- Le XVIe siècle : entre humanisme et poésie.

    1) Le mouvement humaniste : Rabelais, Montaigne.

    Histoire du mot : « humaniste » vient de l'italien « humanista » qui signifie « professeur de grammaire » (idée de pédagogie, d'estime pour l'homme à qui l'on enseigne). C'est une doctrine qui a pour objet le développement des qualités de l'homme par les livres (travail intellectuel) et par le sport (développement physique). Les Humanistes croient au progrès de l'homme. Le modèle culturel est l'Antiquité (avec Horace, Platon et Aristote) : on traduit et on imite les textes anciens. Le terme « humanisme » est apparu dans la langue française au début du XIXe siècle. Il désigne d'une façon synthétique la culture savante et la vision du monde du XVe siècle italien. Les humanistes ont d'abord en commun l'amour de la littérature (en latin : bonae litterae ou, expression plus significative, litterae humaniores : les lettres qui rendent plus humain). Mais l'humanisme n'est pas seulement l'amour de la littérature et des langues anciennes. Il apporte avec lui une philosophie où l'idée de « dignité de l'homme » (dignitas hominis) tient une place essentielle. « On ne naît pas homme, on le devient » écrit Erasme. Cela signifie que l'homme possède une liberté dont il peut faire un bon ou un mauvais usage. L'humanisme est inséparable de la recherche, intellectuelle et morale. Les humanistes s'efforcent de créer également des lieux d'enseignement qui possèdent une liberté plus grande que les universités (Collège des lecteurs royaux, qui deviendra le Collège de France). Presque tous les humanistes de la Renaissance ont été chrétiens. Dans la mesure où ils rejettent les commentaires proliférants et veulent revenir au texte de la Bible, lue en Hébreu pour l'Ancien Testament, en grec pour le Nouveau, ils se sont heurtés à l'enseignement officiel de la théologie, représenté en France par la Sorbonne.

    Contexte historique : naissance de l'imprimerie avec Gutenberg ; les pouvoirs de l'Eglise et de l'Etat sont complémentaires ; la plupart des érudits sont clercs pour pouvoir toucher des revenus réguliers ; après 1550, les publications en français dépassent celles en latin.

    Ecrivains représentatifs : Rabelais (1483-1553) (Pantagruel 1532, et Gargantua 1534) ; Montaigne (1533-1592) (Les Essais, 1580).

    Michel de Montaigne (1533-1592) Dans son œuvre la plus connue, Les Essais, le philosophe tente de se peindre lui-même. A travers ses propres contradictions, il découvre l'impuissance de l'homme à trouver la vérité et la justice. « Il n'est réplique si piquante que le mépris silencieux. » « Qui craint de souffrir, il souffre déjà ce qu'il craint. » « Philosopher, c'est douter. » Selon Montaigne, le rôle de l'éducation n'est pas de faire des enfants des outres pleines de science. L'éducation doit avant tout permettre de former des hommes, c'est-à-dire des esprits libres, aptes à juger correctement toutes les « choses de la vie ». C'est pourquoi il réclame une éducation générale basée sur la morale pour former des hommes ayant « une tête bien faite, plutôt que bien pleine ». Pour éduquer les enfants, Montaigne préfère à la lecture la compagnie des hommes et l'observation. Il veut mettre l'enfant en présence d'éléments de son temps, qui peuvent tous être des objets d'étude et de réflexion. Il prône également l'apprentissage des langues étrangères. Selon le philosophe, les voyages sont bénéfiques, car ils débarrassent les enfants de leurs préjugés nationaux et élargissent leur pensée. Montaigne dénonce par ailleurs la sévérité des enseignants qui, à l'époque, usent volontiers du fouet. Les idées de Montaigne, si elles sont louables, comportent cependant une limite, ou tout au moins un risque : ne développer que « des intelligences superficielles ».

    2) L'Ecole de la Pléiade : Ronsard, Du Bellay.

    Histoire du mot : Le terme « Pléiade » vient du grec « pleias », « constellation de 7 étoiles ». En 1556, elle est le nom donné au groupe de 7 grands poètes français de la Renaissance (Baïf, Ronsard, Du Bellay, Peletier, Belleau, Jodelle, Pontus de Tyard). Le genre dominant est la poésie. La doctrine de la Pléiade est résumée dans le livre Défense et illustration de la langue française, écrit par Du Bellay. La « Pléiade » est un terme apparu dans un poème de Ronsard, en 1556, pour désigner les six poètes qui, avec lui, représentaient le groupe dominant de la poésie française. Il présente un sens cosmologique (les sept étoiles formant la constellation de ce nom). La liste a changé plusieurs fois sous la plume de Ronsard.

    Contexte historique : Le mécénat amène de nombreux écrivains à faire l'éloge de la politique en place : nationalisme, catholicisme, monarchie. L'idéologie de l'état est confirmée par la poésie de louange (hymnes, odes de Ronsard) qui appliquent aux rois superlatifs et comparaisons héroïques.

    Auteurs représentatifs : 1. JOACHIM DU BELLAY 1522-1560 (Liré, entre l'Anjou et la Bretagne / Paris).

    En 1547, Du Bellay rencontre Ronsard au collège Coqueret de Paris. Avec d'autres camarades, lecteurs enthousiastes d'auteurs grecs et latins, ils forment la Brigade, qui deviendra la Pléiade, premier mouvement littéraire français. On doit à Du Bellay d'avoir formalisé les innovations de la Pléiade et d'avoir écrit, lors d'un séjour à Rome, les plus beaux sonnets de la poésie française. En 1549, Du Bellay publie le manifeste de la Pléiade, Défense et illustration de la langue française. C'est, avant l'heure, la querelle des Anciens et des Modernes. Du Bellay raille les « corbeaux » que sont les petits de la cour (il vise surtout Thomas Sébillet, le défenseur d'une poésie strictement ornementale), les comparant à lui et à ses camarades, les « cygnes » de la nouvelle génération. Une génération plus ardente au travail, désireuse d'atteindre la beauté par l'imitation des Anciens (la littérature latine), soucieuse d'enrichir la langue poétique par l'emprunt (aux lexiques techniques comme ceux de l'agriculture ou de la marine). En 1553, quand il est appelé par son oncle, le cardinal Jean Du Bellay, auprès de la cour pontificale à Rome, Du Bellay y voit une occasion rêvée de rencontrer les humanistes les plus célèbres. Il tombe de haut. Il découvre que Rome, la grande Rome antique, n'est plus que ruines. C'est le temps du « lyrisme négatif », qui consiste à déclamer la perte de l'inspiration. Les Antiquités de Rome (1558), un court recueil de 32 sonnets, va chanter la splendeur passée de la ville et l'horreur des guerres civiles qui l'ont réduites en cendres. Du Bellay recherche les causes de la déchéance : l'orgueil d'une ville qui se voulait plus forte que le reste du monde, la frénésie autodestructrice des derniers temps de l'Empire, les invasions barbares. Les Regrets, publiés la même année que Les Antiquités, les 191 sonnets (en alexandrins) des Regrets font le compte des déceptions du séjour romain : nostalgie du pays natal (l'Anjou), de la cour de François Ier ; description des mœurs dépravées de la cour pontificale. Le recueil chemine donc entre la plainte, la tristesse et la « fatigue ».

    PIERRE DE RONSARD 1524-1585 (La Possonière en Venômois / Saint-Cosme, près de Tours).

    Célébré de son vivant et proclamé « le prince des poètes » (et poète du roi), Ronsard fut d'abord le chantre lyrique de l'amour. Il était un touche-à-tout, engagé politiquement et religieusement (contre le protestantisme). Il fut enfin, avec son compère Du Bellay, le fondateur du premier mouvement littéraire français, la Pléiade.

    Le poète officiel Pierre de Ronsard est encore enfant quand il est envoyé à la cour de François 1er. Le jeune page accompagne Madeleine de France en Ecosse dont elle est devenue la reine. Une grave maladie lui ayant interdit les carrières diplomatiques ou militaires, il reçoit, en 1543, la tonsure. En 1558, il devient le poète officiel de Henri II, puis de Charles IX.

    Les Odes (1550-1552) Les quatre premiers livres des Odes datent de 1550, le cinquième de 1552. L'ode est une forme très libre : la structure des rimes, la longueur des poèmes n'est pas rigide. Le ton de Ronsard varie au gré des pièces. Il est solennel pour célébrer le roi Henri II et Catherine de Médicis ou pour chanter le talent de ses amis poètes ou de sa lyre. Il est familier pour évoquer les paysages de son enfance. Il est lyrique, enflammé, sensuel, pour parler du sentiment amoureux. Il est satirique quand il s'agit de s'attaquer aux avares ou aux sorcières (il se réjouit des tortures qu'on inflige à ces dernières !).

    Les Sonnets pour Hélène (1578) Cette Hélène, c'est à la fois Hélène Surgères, une suivante de Catherine de Médicis, et Hélène, femme de Ménélas, dont l'enlèvement par Pâris déclencha la guerre de Troie. Ces sonnets sont le chef-d'œuvre de Ronsard, il profite de la souplesse de l'alexandrin comme des effets de symétrie et de rupture que permet le sonnet. C'est un hymne au « carpe diem » (« cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie ») et une mélancolique méditation sur la mort.

    LECTURE Pierre de Ronsard Le Second Livre des Amours, 1578. « Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose » Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose En sa belle jeunesse, en sa première fleur Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur, Quand l'Aube de ses pleurs au point du jour l'arrose ; La Grâce dans sa feuille , et l'Amour se repose , Embaumant les jardins et les arbres d'odeur ; Mais battue ou de pluie ou d'excessive ardeur, Languissante elle meurt feuille à feuille déclose ; Ainsi en ta première et jeune nouveauté, Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes. Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs, Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs, Afin que vif, et mort, ton corps ne soit que roses.

     

    II- Le XVIIe siècle : entre l'irrégularité baroque et l'équilibre classique.

    1) Le Baroque : D'Aubigné, Corneille.

    Histoire du mot : Situé à la frontière entre le XVIe et le XVIIe : 1570-1650. le mot « baroque » vient du portugais « barroco » qui signifie « perle irrégulière ». Il s'applique d'abord aux arts plastiques à la fin du XVIe siècle, pour traduire un jugement péjoratif porté sur une esthétique de l'irrégularité, du mouvement et de l'ostentation. Au XVIIe siècle, en littérature, il est centré autour de quelques principes communs : goût de la sensualité, des extrêmes, de l'ornementation, du langage à effets, des thèmes de l'illusion, des métamorphoses du monde et de la mort. Les genres littéraires dominants sont la poésie et le théâtre. Le terme « baroque » est à l'origine un adjectif employé par les historiens allemands de l'art. Implanté en France dans les années 1930, le terme substantivé connut un usage élargi de la littérature, notamment à la suite des travaux de Jean Rousset (La Littérature de l'âge baroque en France, 1954). Son succès est dû à ce qu'il est vite apparu comme un pendant opératoire à la notion de classicisme.

    Contexte historique : Le baroque est historiquement lié à un âge de crise religieuse suivi d'un âge de reconquête (la Réforme catholique, notamment telle qu'elle est diffusée par l'art et l'éducation de l'ordre jésuite).

    Ecrivains représentatifs : Sponde, Stances sur la mort (poésie lyrique), D'Aubigné (1552-1630) Les Tragiques (poésie épique et engagée, texte qui parle des massacres de la St Barthélémy, des guerres civiles, en dénonçant les responsables de ces actes, entre autres Catherine de Médicis et le Cardinal de Lorraine), Corneille (1606-1684) au début de sa carrière L'Illusion comique et Le Cid.

    Agrippa D'Aubigné (1552-1630)

    Considéré comme le grand poète de la période baroque, Agrippa d'Aubigné débute en poésie sous l'influence de la Pléiade : il compose Le Printemps (1572). En 1577, il entreprend la rédaction des Tragiques (sept livres en vers) dont la première édition ne paraîtra qu'en 1616 : conçue comme une vaste fresque des massacres des guerres de Religion, ce chef-d'œuvre « baroque » est un violent réquisitoire contre les persécutions subies par les protestants.

    2) Le Classicisme : Racine, Molière, La Fontaine, La Bruyère.

    Histoire du mot : Classicisme est dérivé de classique, issu du latin classicus, qui signifie littéralement « de première classe » pour un citoyen appartenant à la première des cinq classes censitaires (classes) qui constituent le corps électoral de la République romaine ; à partir de ce premier sens social, l'adjectif prend un sens littéraire dès le IIe siècle après J-C. : sont qualifiés de classici les auteurs « de premier ordre », ceux dont les œuvres constituent des modèles d'excellence. A partir de la Renaissance, « classique », pris comme adjectif et substantif (apparu en 1548), s'applique donc aux œuvres dignes d'admiration et aux auteurs qu'on étudie dans les classes de rhétorique : en 1680, le dictionnaire de Richelet atteste que « classique » est bien « ce qui est digne d'être enseigné dans les classes ». Aux auteurs de l'Antiquité viendront s'ajouter ceux qui les ont rejoints au premier rang de la littérature, c'est-à-dire les grands noms du XVIIe siècle, comme Corneille, Racine, Molière ou La Fontaine. Le terme classicisme est d'emploi récent ; il fait une entrée officielle dans la langue en 1823, grâce à Stendhal qui l'oppose à ce qu'il appelle le « romanticisme » : « Le romanticisme est l'art de présenter aux peuples les œuvres littéraires qui, dans l'état actuel de leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de leur donner le plus de plaisir possible. Le classicisme, au contraire, leur présente la littérature qui donnait le plus grand plaisir à leurs arrière-grands-pères. » (Racine et Shakespeare, chapitre III, « Qu'est-ce que le romanticisme ? »). Le Classicisme (1610-1660) est caractérisé par l'exercice de la raison dans les règles établies, il recherche la pureté et la clarté de la langue, la simplicité, la juste mesure, l'équilibre et l'harmonie. Il prône l'imitation des chefs-d'œuvre anciens. Le Classicisme atteint son apogée dans la première partie du règne de Louis XIV. Le genre dominant est le théâtre.

    Contexte historique : Prépondérance de la monarchie absolue avec Louis XIV, conformisme religieux, l'effet d'ordre et de rationalisation de la pensée va de pair avec la diffusion de la pensée de Descartes, philosophe qui a écrit notamment le fameux Discours de la méthode.

    Ecrivains représentatifs : Corneille (pièces de théâtre, 2ème partie de son œuvre) (1606-1684), Racine (1639-1699), Molière (1622-1680), La Fontaine (1621-1695), La Bruyère (1645-1696), Boileau (1636-1711), Pascal (1623-1662).

     

    III- Le XVIIIe siècle : "la littérature du cœur et de l'esprit".

    Les philosophes : Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau. Les dramaturges : Marivaux, Beaumarchais.

    Histoire du mot : La philosophie des Lumières (1720-1770) : ce courant de pensée se manifeste par une attitude d'esprit inspirée de la méthode scientifique, cherchant à découvrir la vérité derrière les préjugés, à l'aide de la raison illuminatrice. La pensée s'établit dans l'utile et le concret. Son idéal se résume dans l'ouvrage collectif de L'Encyclopédie. Les genres dominants sont l'essai et le conte philosophique. Ce mouvement s'appuie sur une idéologie du progrès, de la tolérance et du bonheur matériel, contre toutes les contraintes de la monarchie. Le déisme (qui admet l'existence d'un dieu mais récuse les religions) est une attitude de plus en plus fréquente. La métaphore des Lumières était déjà très employée par les intellectuels de l'époque, convaincus qu'ils venaient d'entrer dans un nouvel âge « illuminé » par la science et le respect de l'humanité, contre les « ténèbres » de l'obscurantisme politique et religieux. On la retrouve dans d'autres pays européens (Enlightenment en Angleterre, Illuminismo en Italie, Ilustración en Espagne).

    Contexte historique : Epoque où l'on commence à remettre en cause les privilèges, l'inégalité des classes sociales, les philosophes trouvent une large audience auprès de la bourgeoisie. On s'interroge également sur l'anthropologie, les notions de « sauvage » et de « civilisé », le bien-fondé de l'esclavage. Ces différentes remises en question de l'ordre établi vont conduire à la révolution française en 1789, conduite essentiellement par les Bourgeois contre les aristocrates, qualifiés de « privilégiés ».

    Auteurs représentatifs : Montesquieu (Les Lettres Persanes) (1689-1755), Voltaire (1694-1778), Diderot (1713-1784), Rousseau (1712-1778), Marivaux (1688-1763), Beaumarchais (1732-1799).

    Rousseau (1712-1778) et l'esprit des Lumières. A contre-courant des autres philosophes des Lumières, Rousseau pense que l'homme, naturellement bon, est corrompu par la vie en société. Il accorde une grande place à la raison mais aussi à la sensibilité et à l'imagination. Rousseau se situe dans le contexte intellectuel et culturel des Lumières. Pourtant, sur des notions telles que le progrès, la politique ou la religion, sa pensée diverge fortement de celles des philosophes de son temps. L'homme corrompu par la société. Alors que les philosophes du XVIIIe siècle font du progrès un facteur d'amélioration de l'homme, Rousseau se démarque par une vision très pessimiste de l'évolution de l'homme et de l'histoire. Pour fonder sa théorie, il commence par imaginer un état de nature idéal, qui reposerait sur l'harmonie, l'égalité et la justice. Ensuite, il cherche à démontrer que l'évolution a corrompu la société et l'a rendue immorale. Selon Rousseau, l'homme, originellement bon, se trouve perverti par la vie sociale. L'homme est tiraillé entre la nature (bonne) et la culture (néfaste). La politique. Alors que bon nombre de philosophes voient dans la monarchie constitutionnelle un modèle de gouvernement, Rousseau, lui, la critique vivement. Dans Du Contrat social, il prône un système républicain et égalitaire reposant sur la volonté générale. La religion. Rousseau refuse le matérialisme et l'athéisme de Diderot, ainsi que le déisme raisonné de Voltaire. Pour lui, la croyance religieuse naît d'une intuition et de la reconnaissance de l'omniprésence de Dieu. Selon Rousseau, c'est Dieu qui prime, et non la religion. Il n'est pas besoin d'intermédiaire entre Dieu et les hommes. Rousseau se dit chrétien, mais rejette tous les dogmes. Il rejette le fanatisme intolérant que peut engendrer toute religion. Rousseau est pour une religion « naturelle ». L'imagination. Selon lui, « Le monde de la réalité a ses limites ; le monde de l'imagination est sans frontières ». l'imagination permet de résoudre les douloureux paradoxes de la pensée. Ces contradictions ne peuvent être dépassées que par l'imagination et le rêve. C'est aussi l'imagination qui vient au secours de la mémoire défaillante, dans cette remontée vers le passé que sont Les Confessions. Elle seule peut aider le narrateur à reconstituer le fil de sa vie. Elle recrée une réalité dont les aspects décevants sont effacés au profit de souvenirs heureux.

     

    IV- Le XIXe siècle : le carrefour des mouvements littéraires.

    1) Le romantisme : Chateaubriand, Hugo, Vigny, Musset.

    Histoire du mot : Mouvement esthétique et littéraire qui se développe à travers l'Europe à partir des dernières années du XVIIIe siècle. L'adjectif « romantique » (anglais « romantic ») a d'abord qualifié des situations romanesques, des paysages pittoresques (JJ Rousseau) et des états d'âme en rapport avec la tonalité du roman sentimental. C'est en Allemagne que l'adjectif prend un sens nouveau pour qualifier la poésie « née de la chevalerie et du christianisme », dit Mme de Staël, qui, en traduisant le substantif allemand « die Romantik », popularise en français le terme « romantisme » (De l'Allemagne, 1813). Le mouvement se crée après l'héroïsme de Napoléon, pendant la Restauration, moment de l'histoire où le conservatisme moral et social se double d'une politique favorable aux affaires, si bien que les dirigeants étaient bien souvent des nouveaux riches, volontiers arrogants. Ce mouvement se crée donc en marge du système politique, l'écrivain se sent seul contre tous, puisqu'il n'adhère pas au pouvoir en place. Cela explique en partie pourquoi, dans ce courant, on retrouve souvent, en thème fondateur, la volonté de parler de soi, de se replier sur soi-même. Les Romantiques restent cependant des observateurs très curieux de l'histoire, mais ils se sont pour la plupart mis à l'écart des événements essentiels que la France connaissait. C'est alors qu'apparaît « le mal du siècle », qui est fait d'une impuissance à imposer des valeurs authentiques, dans une société dominée par l'argent. Le mouvement affirme la primauté de l'émotion sur l'intellectualité, et la profonde poésie de la vie. Il porte son attention sur l'individu, recherche le dépaysement spatial (goût pour l'exotisme), le temporel (goût pour l'histoire), le social (intérêt pour le peuple que les auteurs mythifiaient), le religieux (goût pour le mysticisme, pour le sacré qui offrent un refuge contre la médiocrité sociale). La préface que Victor Hugo rédige en 1827 pour son drame Cromwell formule les grands principes du drame romantique et constitue le manifeste de la nouvelle école. Il dira, à ce propos, dans la préface de Cromwell : « Elle (la poésie) se mettra à faire comme la nature, à mêler dans ses créations, sans pourtant les confondre, l'ombre à la lumière, le grotesque au sublime, en d'autres termes, le corps à l'âme, la bête à l'esprit ; car le point de départ de la religion est toujours le point de départ de la poésie. (...) nous venons d'indiquer le trait caractéristique, la différence fondamentale qui sépare, à notre avis, l'art moderne de l'art antique, la forme actuelle de la forme morte, ou, pour nous servir de mots plus vagues, mais plus accrédités, la littérature romantique de la littérature classique. »

    Contexte historique : Le XIXe siècle est le temps de l'alphabétisation généralisée des Français. Plusieurs lois scolaires sont mises en place : création des lycées par l'Empire (1804), réglementations scolaires de 1833 et 1849, loi Ferry de 1883 qui institue l'école primaire laïque, gratuite et obligatoire : goût pour une poésie rigoureuse et exaltation pour les sciences comme facteur de progrès. On reconnaît les droits d'auteur, il n'y a donc plus besoin de mécènes, les écrivains peuvent donc vivre de leur plume. Ils ne sont plus contraints de confondre leur pensée et les aspirations de la classe dominante.

    Ecrivains représentatifs : Chateaubriand (1768-1848), Lamartine (1790-1869), Vigny (1797-1863), Hugo (1802-1885), Musset (1810-1857), Nerval (1808-1855).

    2) Le réalisme : Stendhal, Balzac, Flaubert.

    Histoire du mot : Le terme « réalisme » est forgé à partir de l'adjectif latin tardif « realis », lui-même dérivé de « res », « la chose » (on utilise le pluriel « realia » pour désigner les « réalités » de la vie quotidienne). Il est perçu comme le pendant antithétique du mot « idéalisme ». c'est en 1829 que le terme « réalisme » apparaît pour la première fois dans Le Mercure de France, une revue littéraire publiée à Paris de 1724 à 1835. L'école réaliste commence dans les années 1850, c'est à ce moment que Champfleury (il dira en parlant du réalisme : reproduction exacte, complète, sincère du milieu où l'on vit, parce qu'une telle direction d'étude est justifiée par la raison) en amorce la théorie et en 1857, on voit apparaître Madame Bovary de Flaubert qui constitue un véritable scandale. Flaubert devient donc le chef de file de cette nouvelle tendance, même s'il refuse cette étiquette de réaliste. Ce mouvement consiste à lier écriture et réalité pour montrer l'importance accordée aux forces matérielles. Il a pour objectif de décrire la société dans sa dimension historique et sociale. Les écrivains se documentent, vont sur les lieux où vont se passer leur action (ainsi pour écrire Salammbô, Flaubert se rend à Carthage, en Tunisie pour pouvoir mieux décrire les lieux par la suite). Ni Stendhal ni Balzac ne se sont réclamés du réalisme, le mot n'étant guère employé en critique littéraire avant 1850. ils n'en sont pas moins considérés à juste titre comme les créateurs du roman réaliste moderne. La conception du roman comme « un miroir que l'on promène le long d'un chemin » (Saint-Réal, repris par Stendhal en 1830).

    Contexte historique : L'échec de la Révolution de 1848, puis le coup d'état de Napoléon III en 1851 mettent fin au rêve romantique de créer une République plus égalitaire. Le pouvoir du 2d empire (1852-1870) est autoritaire et la réussite économique épanouit la classe bourgeoise plus encore que sous la Monarchie. La classe bourgeoise se constitue une idéologie propre antiaristocratique et antipopulaire (le peuple est senti comme une masse dangereuse). L'idéologie bourgeoise repose sur une confiance dans le progrès, une liberté de pensée et un anticléricalisme. C'est elle qui va engendrer le réalisme.
     
    Auteurs représentatifs : Stendhal (1783-1842), Balzac (1799-1850), Flaubert (1821-1880).
    Le bovarysme : mot, lié à l'héroïne de Flaubert Emma Bovary, apparu pour la première fois en 1911 sous la plume d'un critique, Jules de Gaultier, pour qualifier « le pouvoir de l'homme de se concevoir autre qu'il n'est ». Le Petit Larousse le définit comme « le comportement qui consiste à fuir dans le rêve l'insatisfaction éprouvée dans la vie ». C'est le cas d'Emma Bovary. Son éducation lui a rempli l'esprit de chimères. Son mariage avec Charles Bovary est un échec, car elle n'en obtient pas l'ascension sociale qu'elle avait espérée. En fait, sa vie ne la satisfait en rien. Alors, elle rêve. Mais quand elle essaie de combler la platitude de sa vie en se lançant dans des amours adultères, rien ne change. L'héroïne finit par se suicider. .

     

    3) Le naturalisme : Zola, Maupassant.

    Histoire du mot : 1850-1890. Ce courant a été défini par Emile Zola dans son Roman expérimental (série d'articles de Zola regroupés), il dira à ce propos : « le naturalisme est purement une formule, la méthode analytique et expérimentale. (...) On vous demande de chercher et de classer votre part de documents humains, de découvrir votre coin de vérité, grâce à la méthode. Ici, l'écrivain n'est encore qu'un homme de science. Sa personnalité d'artiste s'affirme ensuite par le style. » L'œuvre naturaliste s'appuie sur trois critères : la reproduction exacte de la vie, l'absence de héros (il met en scène des gens ordinaires), la disparition du romancier (focalisation interne, ce sont les personnages qui parlent et non le narrateur omniscient). L'imagination doit être bannie : tous les efforts du romancier tendent à cacher l'imaginaire sous le réel. Le naturalisme repose donc sur des méthodes scientifiques, l'écrivain se sert de documents, utilise un carnet pour écrire ce qu'il voit (la vie dans les mines, le milieu ouvrier). Il cherche par ses œuvres à exprimer le mal social. Pour Zola, le naturalisme est défini comme « un coin de la nature vu à travers un tempérament ». Il faut « tout voir et tout peindre » (Zola). Tous les niveaux de la société doivent être étudiés. Pour la première fois, la vie ouvrière entre dans la littérature.

    Contexte historique : vie sous le second empire, figure autoritaire de Napoléon III

    Ecrivains représentatifs : Zola (1840-1902), Maupassant (1850-1893).

    ZOLA (1840-1902) La sage des Rougon-Macquart s'étend du 2 décembre 1851 (coup d'Etat de Napoléon III) à 1870 (défaite des Français face aux Allemands). Cette période correspond au Second Empire. En républicain convaincu, Zola est un fervent opposant au régime de Napoléon III. Ses idées sont proches du socialisme. Il dénonce le régime qui a déchaîné les ambitions des petits-bourgeois. Il décrit l'organisation de la classe ouvrière face au capitalisme et au développement industriel. Zola évoque aussi l'apparition des grands magasins, la condition de la femme, la réalité du peuple, l'exode rural et l'urbanisme... Mais le Second Empire est plus qu'un décor, car les personnages de Zola subissent aussi les secousses de l'histoire. Inspiré par La Comédie humaine de Balzac, Zola décide d'écrire un cycle de romans pour rendre compte de l'histoire d'une seule famille, issue de l'aïeule Adélaïde. Résultat : une fresque en 20 volumes. Les personnages sont victimes du milieu dans lequel ils évoluent. Zola a distingué : - le peuple et les ouvriers sont illustrés par la blanchisseuse Gervaise dans L'Assommoir (« Une œuvre de vérité, le premier roman du peuple qui ne mente pas et qui ait l'odeur du peuple. »), par les mineurs de germinal et par le mécanicien Jacques Lantier dans La Bête humaine ; - Les bourgeois (M Henebeau, directeur de la mine dans Germinal) ; - Le grand monde (hommes politiques et hauts fonctionnaires) ; - Le « monde à part » (la demi-mondaine Nana, le prêtre de La Faute de l'abbé Mouret, Claude Lantier : le peintre raté de L'oeuvre).

     

    4) Le symbolisme : Baudelaire, Verlaine, Rimbaud.

    Histoire du mot : Le symbolisme s'inscrit en réaction contre le matérialisme littéraire du naturalisme et du parnasse et il repose sur la théorie des correspondances, définie par Baudelaire : « Ce n'est pas seulement en rêve, et dans le léger délire qui précède le sommeil, c'est encore éveillé, lorsque j'entends de la musique, que je trouve une analogie et une réunion intime entre les couleurs, les sons et les parfums... ». Les symbolistes tels que Verlaine, Mallarmé ou Rimbaud sont véritablement sensibles à la musique des mots et des vers. Wagner est une figure emblématique de cette pensée, puisqu'il est celui qui a reconstitué l'unité de tous les arts. Besoin de renouer avec cette alliance originelle de la musique et de la poésie.

    Contexte historique : contestation du positivisme par les scientifiques eux-mêmes (ruine du scientisme avec la théorie formulée par Einstein), ruine du rationalisme étroit (découverte de Charcot, de Freud). On assiste à un retour à l'irrationalisme : les symboles sont porteurs de vérités cachées.

    Auteurs représentatifs : Baudelaire (1821-1867), Verlaine (1844-1896), Rimbaud (1854-1891), Mallarmé (1842-1898).

    Le recueil des Fleurs du mal.
    LE TITRE DU RECUEIL.

    Les Fleurs renvoient à l'Idéal, à la poésie. Le mal renvoie au spleen (mot d'origine anglaise qui signifie « tristesse », « mélancolie »). Le spleen est l'une des aspirations contradictoires de l'âme humaine. Il apparaît bien comme le pendant de l'Idéal. L'un n'existe pas sans l'autre et à cause de l'autre. C'est en contemplant l'idéal et en mesurant son inaccessibilité que l'homme sombre dans l'état « splénétique ». Mais au fond de ce désespoir, devant la mort et la laideur, il redécouvre la beauté et peut de nouveau accéder à l'idéal. Le spleen s'inscrit dans la thématique romantique du « mal du siècle ». Dans un monde qui lui est de plus en plus étranger, l'homme, et en particulier le poète, éprouve un sentiment d'abandon et de tristesse qui va jusqu'au désespoir. Atteint dans son esprit comme dans sa chair par la mélancolie, il lutte pour ne pas sombrer dans la folie comme Nerval ou dans la maladie comme Musset. Le spleen baudelairien dépasse la tristesse romantique. En l'associant à l'idéal, le poète lui donne un statut particulier : le spleen est une des aspirations contradictoires de l'âme humaine. Dans le jeu des oppositions Bien/Mal, Dieu/Satan, le spleen apparaît bien comme le pendant de l'idéal. L'un n'existe que par l'autre, et à cause de l'autre. C'est en contemplant l'idéal et en mesurant son inaccessibilité que l'homme sombre dans l'état « splénétique ». Mais au fond de ce désespoir, devant la mort et la laideur, il redécouvre la beauté du bizarre et peut de nouveau accéder à l'idéal.

    LA DEDICACE Les Fleurs du mal sont dédiées à Théophile Gautier. Elles sont d'emblée placées sous la protection d'un des poètes les plus influents de l'époque. Théophile Gautier est alors directeur de la revue L'Artiste, il représente la doctrine parnassienne de « l'art pour l'art ». L'importance est donnée à la technique d'écriture et au caractère formel. Ainsi, dans l'œuvre de Baudelaire, les poèmes seront des fleurs, mais des « fleurs maladives ». Le mal (plan moral), le malheur (plan psychologique) et la maladie (plan physique) se rejoignent dans la poésie. .

     

    V- Le XXe siècle : Vers l'engagement littéraire.

    1) Le surréalisme : Breton, Aragon, Eluard, Desnos.

    Histoire du mot : 1916-1940. Le surréalisme est défini par André Breton dans Le Manifeste du Surréalisme (1924) : « je crois à la résolution future de ces 2 états, en apparence contradictoire, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité. » Le surréalisme est un mouvement de contestation contre la société de l'époque (la société bourgeoise notamment), les surréalistes sont attirés par la révolution bolchévique de 1917 et se trouvent au carrefour de l'anarchisme, des socialismes utopiques et du marxisme. Ils sont opposés à toutes les formes de fascisme et aux religions. Le rêve, l'inconscient, le merveilleux, l'amour, le mysticisme sont des thèmes importants. Les surréalistes font du langage un moyen de libérer l'homme de la censure des institutions. La pression sociale est tellement forte que seul le rêve permet à l'homme de donner une forme à ses désirs secrets. Le surréalisme est un véritable phénomène de civilisation qui a bousculé et rénové, entre 1920 et 1940, en France puis dans le monde, la création artistique, notamment la poésie et la peinture, ainsi que les valeurs de la vie privée. C'est Guillaume Apollinaire qui utilise le premier le terme dans sa pièce bouffonne Les Mamelles de Tirésias, « drame surréaliste », une œuvre de jeunesse écrite en 1903, mais qui ne fut représentée que le 24 juin 1917. Breton baptise du nom de « surréalisme » une revue qui s'ouvre sur le manifeste où se trouve défini le nouveau terme : « Surréalisme, n.m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. » André Breton est considéré comme le père fondateur du Surréalisme. Avec Louis Aragon et Philippe Soupault, il fonde en 1919, la revue Littérature. Le Surréalisme trouve ses racines dans de nombreuses aspirations romantiques et symbolistes du siècle précédent. En 1924, naît La Révolution surréaliste, la revue qui accueille les textes, les dessins, les photographies du mouvement. Deux points sont importants en ce qui, concerne l'histoire du mouvement surréaliste : Les pouvoirs prêtés au langage et l'expérience déterminante de l'hallucination. Le langage en effet devient le seul substrat substantiel du monde. Et c'est l'hallucination qui oriente le poète dans le vaste corpus psychiatrique pour mettre en valeur la perte du réel au cœur de la démence précoce. Breton invite à prendre le parti du rêve et de l'imagination, tente de saisir les sources de l'inspiration en un lieu poétique qu'il appelle « surréalité » - lieu où rêve et réalité se confondent et où toutes les contradictions s'annulent-, et définit l'écriture surréaliste comme un « automatisme psychique pur ».

    Contexte historique : Première guerre mondiale (14-18) qui crée un bouleversement des mœurs. Mais le Tout-Paris continue de se divertir dans les années 20 (« les années folles ») qui prolongent la « Belle Epoque ». La littérature est de plus en plus un commerce qui utilise la publicité. Emergence d'une paralittérature : BD, roman policier.

    Auteurs représentatifs : Breton (1896-1966), Aragon (1897-1982), Eluard (1895-1952), Desnos (1900-1945), Prévert (1900-1911).

     

    2) L'existentialisme et le théâtre de l'absurde : Sartre, Camus, Ionesco, Beckett.

    Histoire du mot : l'existentialisme est une doctrine philosophique qui affirme la primauté de l'existence sur l'essence (en latin, le verbe « existere », « se manifester » - face à « esse », « être par nature ») : il s'oppose donc à l'essentialisme qui perçoit l'homme et le monde suivant un modèle « essentiel » préexistant qui fixerait une « nature humaine ». C'est au début du XXe siècle que la pensée existentialiste s'affirme à travers des philosophes allemands comme Husserl, Jaspers et Heidegger. Le mot lui-même apparaît en France en 1925 et se répand largement après la Seconde Guerre mondiale grâce à la célèbre conférence que donne Jean-Paul Sartre en octobre 1945 sur le thème de « l'existentialisme est un humanisme ». Avec l'essai d'Albert Camus Le Mythe de Sisyphe, essai sur l'absurde (1962), la notion d'absurde fait une entrée « mythique » en littérature : « Un jour vient (...) et l'homme constate ou dit qu'il a trente ans. Il affirme ainsi sa jeunesse. Mais du même coup, il se situe par rapport au temps. (...) Il appartient au temps et, à cette horreur qui le saisit, il y reconnaît son pire ennemi. Demain, il souhaitait demain, quand tout lui-même aurait dû s'y refuser. Cette révolte de la chair, c'est l'absurde. » « L'absurde » (du latin ab-surdum, « venant de sourd », donc qui « détonne » au sens de « discordant ») désigne le sentiment d'être déplacé au monde, comme devenu sourd : la perte de tout repère logique, raisonnable, rassurant. Vers le début des années 1950, le théâtre, dont la vitalité s'affirme au sortir de la guerre, se renouvelle : de petites salles parisiennes (théâtre des Noctambules, théâtre de Poche, théâtre de la Huchette, théâtre de Babylone, théâtre de Lutèce) se lancent dans une politique audacieuse de création en montant des auteurs alors peu connus comme Genet, Beckett et Ionesco. Ces auteurs originaux ne constituent pas une « école » à proprement parler, mais pluôt une « avant-garde » qu'on nommera « théâtre de l'absurde », en raison de sa façon de poser l'absurdité du monde par la dérision, ou encore « Nouveau Théâtre », voire « antithéâtre », car il se veut « en termes d'opposition et de rupture » (Ionesco) avec la tradition classique.

    Contexte historique : L'existentialisme se répand en France après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, sentie comme le mal et l'Absurde incarnés, au lendemain de la Libération. La génération de 1945, qui a connu la Résistance, intellectuels, enseignants, artistes, se sent « existentialiste » face à un monde perçu comme déshumanisé ou fragmenté.

    Auteurs représentatifs : Sartre (1905-1980), Camus (1913-1960), Ionesco (1909-1994), Beckett (1906-1989).


    3) Le nouveau roman : Robbe-Grillet, Butor, Sarraute, Claude Simon.

    Histoire du mot : (1950-1990) Le nouveau roman est né d'une réaction contre le roman réaliste et psychologique, en vogue depuis le XIXe siècle. Il tente de faire disparaître le personnage et la fiction traditionnels : destructuration de l'intrigue, focalisation externe... On regroupe sous l'étiquette « Nouveau Roman » des écrivains aussi différents que Nathalie Sarraute (Le Planétarium, 1959 ; Les Fruits d'or, 1963), Claude Simon (L'Herbe, 1958 ; La Route des Flandres, 1960), Michel Butor (La Modification, 1957 ; Degrès, 1960), ou Alain Robbe-Grillet (Les Gommes, 1953 ; La Jalousie, 1957). L'expression « Nouveau Roman » a d'abord été employée de façon péjorative au début des années 1950, avant d'être revendiquée par les acteurs du mouvement, notamment à l'occasion du manifeste de Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman (1963).

    Contexte historique : Les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale sont marquées, sur le plan politique et social, par une série de désillusions qui viennent s'ajouter aux traumatismes de 39-45, atmosphère de guerre froide, menace atomique.

     
    Auteurs représentatifs : Robbe-Grillet (1922), Butor (1926), Sarraute (1900-1999), Claude Simon (1913).

     

    Conclusion : La littérature en question.
    La littérature, telle qu'elle est ainsi caractérisée par les mouvements littéraires, n'a pas de représentation. Elle est un ensemble multiple – c'est pourquoi elle n'est pas explicitement définissable. La littérature, dans ses diverses réalisations donne à toute chose et à toute action une lisibilité. Elle constitue le contexte symbolique de toutes descriptions d'actions, de choses. Elle apparaît comme le représentant et le substitut possible de tout discours, de toute formation symbolique, qui figureraient la transparence de la société à elle-même.


    LECTURE RAYMOND QUENEAU (1903-1976) (le 24 novembre 1960, un groupe d'amis, écrivains, mathématiciens, peintres, réunis au restaurant « Le Vrai Gascon », 82, rue du Bac, à Paris fondent ce qui va devenir « L'Ouvroir de Littérature Potentielle », abrégé en OuLiPo.

    Oulipo I, « Pour un art poétique » (1973) Prenez un mot, prenez-en deux Faites cuire comme des œufs Prenez un petit bout de sens Puis un grand morceau d'innocence Faites chauffer à petit feu Au petit feu de la technique Versez la sauce énigmatique Saupoudrez de quelques étoiles Poivrez et puis mettez les voiles Où voulez-vous donc en venir ? A écrire Vraiment ? à écrire ??


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